Alexis Jaffrézic a rendu les Armes

Homme engagé dans tous les combats de la vie sociétale, le ploemeurois Alexis Jaffrézic n’a pu résister à son dernier combat contre la maladie. Âgé de 93 ans, il a abdiqué ce mercredi 13 septembre, à 20 h 40. Retrouvez ci dessous mon discours, prononcé ce matin en l’Eglise Saint-Pierre.

Mesdames, Messieurs,

Le combat de l’injustice, Alexis Jaffrézic l’a mené dès sa naissance à Névez (Finistère). Combat de la vie que son père, marin pêcheur, lui inculquera à force de travail, de conviction et de valeurs humaines. Au cours de la seconde guerre mondiale, Alexis Jaffrézic est apprenti à la base des sous-marins de Lorient.

Dès 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen énonce solennellement les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme. Texte à caractère universel et intemporel, elle concrétise les idéaux politiques du siècle des Lumières. Dans les événements sombres de notre Histoire, quand notre pays connut l’envahissement, le joug de l’occupation, l’humiliation de la défaite, résister pour Alexis Jaffrézic fut justement l’expression d’une volonté, celle de défendre ces droits imprescriptibles.

Apprenti à la base des sous-marins de Lorient, Alexis Jaffrézic en profite pour saboter les machines-outils mais il est découvert par un collaborateur. Emprisonné à Vannes, l’ingénieur général Jacques Stosskopf, dont la base des sous-marins porte le nom, le fera libérer, arguant un dysfonctionnement de la machine. « L’ingénieur Stosskopf m’a sauvé ! » témoignait-il.

Ainsi libre, Alexis Jaffrézic rejoint le maquis de Saint Marcel (Morbihan) accompagné de son frère, Ernest et avec la bénédiction de leur père. Au cours d’un contact avec l’ennemi, il reçoit un éclat d’obus dans la tempe duquel il ne s’en séparera jamais.

Il est classé Grand Invalide de Guerre et rejoint activement l’association des Gueules Cassées dont il est délégué régional pendant de longues années. Il y défendra utilement les intérêts des blessés au combat.

La résistance préparera la libération et engagera par le Conseil National de la Résistance l’élaboration des textes qui fonderont la reconstruction et la nouvelle République.

Ces principes figurent dans le préambule de la constitution de 1946 et préfigureront les grandes réformes (le droit au travail, la sécurité sociale). « Le peuple français réaffirme solennellement les droits et libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. »

À l’issue du conflit mondial, il réintègre l’arsenal de Lorient et poursuit logiquement son engagement sociétal, syndical et associatif. Militant invétéré, il participe à la création du parti socialiste aux côtés, notamment, de Pierre Mauroy, d’Yves Allainmat et de Jean-Yves Le Drian. Parallèlement, il est membre actif du syndicat FO et est appelé pour créer la maison des jeunes de Lorient puis la maison de retraite de Kervénanec pour lesquelles il donne toute son énergie au bien-être de son Prochain. Remarqué par l’association Léo Lagrange, il crée le site de Kerdroual à Ploemeur et en profite pour faire prospérer le jumelage entre Lorient et la ville allemande de Ludwigshafen voulant ainsi effacer les affres de sa jeunesse.

Au fil du temps et des aléas de la vie, Alexis Jaffrézic s’est peu à peu retiré de ses activités associatives, syndicales et politiques mais la signature philosophique de cet humaniste demeurera dans la mémoire de ce qu’il a eu loisir de créer et de ceux qui ont eu la chance et l’honneur de partager son sens de la vie.

Je rends hommage aujourd’hui en l’Eglise Saint-Pierre et au nom de la Ville de Ploemeur et de ses citoyens à un de nos derniers résistants et réfractaires ploemeurois.

L’esprit de la Résistance c’est aussi la confiance dans l’avenir comme l’a exprimé l’engagement d’Alexis Jaffrézic. Nous vivons, grâce à nos aînés, libres et en paix. Jeunes d’aujourd’hui, c’est un message d’espoir qui vous est légué. Malgré les doutes, les difficultés, il faut toujours croire en l’avenir. Je terminerai en citant Périclès “Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage.”

Je vous remercie.

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